La fameuse clause de non-concurrence
Le journal de Montréal rapport dans son édition du mercredi 3 mai 2006 le propos de l'ancien président d'Ubisoft Montréal ; Matrin Tremblay. PcKULT.NET retranscrit pour vous l'article.
Les procédures judiciaires entamées contre lui auront eu raison du silence de Martin Tremblay, ex-président d'Ubisoft Montréal. Celui qui, en l'espace de six ans, a fait du studio montréalais le deuxième en importance dans le monde n'a pas démissionné de gaieté de coeur. «J'ai été poussé à la porte», confie-t-il.
Martin Tremblay n'a pas du tout accepté d'être accusé d'arrogance dans le jugement rendu contre lui lundi. C'est ce qui l'a poussé à répondre hier à des questions que le Journal lui avaient posées pour la première fois il y a deux semaines. Son ex-employeur a obtenu d'un juge une injonction l'empêchant d'occuper ses nouvelles fonctions de président des studios mondiaux de Vivendi Universal Games jusqu'à mardi prochain, au moins. Comme il a démissionné de son poste, il est sujet à une clause de non-concurrence d'un an en Amérique du Nord.
Visiblement, M. Tremblay tentera maintenant de faire valoir qu'il a été poussé à démissionner, ce qui donnerait beaucoup moins de poids à la clause de non-concurrence. D'ici là, et même s'il pratique son nouvel emploi en Californie, où de telles clauses n'ont pas d'emprise, M. Tremblay affirme avoir l'intention de respecter la décision, justement pour ne pas paraître arrogant. L'injonction est d'autant plus vexante pour lui que le plus gros événement annuel de l'industrie du jeu vidéo, l'E3, s'ouvrira à Los Angeles la semaine prochaine.
Un simple exécutant
Depuis plusieurs mois, le siège social français d'Ubisoft s'impliquait de plus en plus dans la gestion d'Ubisoft Montréal, déplore M. Tremblay, habitué pendant six ans de travailler avec les coudées franches. «J'étais devenu un simple exécutant.» Le vase a finalement débordé en décembre. La goutte : la décision d'Ubisoft d'ouvrir un deuxième studio à Montréal, dans le même édifice du boulevard Saint-Laurent, et d'en confier la gestion exclusive à Yannis Mallat. Celui-ci était alors le numéro 2 chez Ubisoft Montréal, mais les relations entre M. Tremblay et lui étaient, selon quelques sources, très malsaines.
Deuxième studio
C'est d'ailleurs M. Mallat lui-même qui aurait exigé la création de ce deuxième studio. «On a modulé la structure pour ne pas le perdre, résume M. Tremblay. Je ne connais pas une autre organisation qui aurait ainsi défié son président en place. «Quand j'ai su ça, les deux bras m'ont tombé. Ç'a été une douche froide pour toute l'équipe de direction. Ç'a été l'aboutissement d'une volonté de me pousser vers la porte. «Je me souviens d'avoir dit à Yves Guillemot qu'il s'agissait d'un désaveu envers mon poste, qu'on me donnait le signal de regarder ailleurs. Il m'a répondu quelque chose comme : Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?»
Martin Tremblay s'explique mal pourquoi Ubisoft s'obstine à tenter d'obtenir une injonction contre lui, alors qu'elle ne sera vraisemblablement pas en mesure de la faire respecter. Il a toutefois une petite idée... «Je n'ose pas prétendre qu'ils font cela juste pour me faire ch..., je me dis que ça ne se peut pas, mais en même temps, il est facile de tirer des conclusions», lance Martin Tremblay. C'est d'autant plus vrai que, dans sa requête, Ubisoft admet presque elle-même que son action est futile et qu'elle n'aura aucune incidence en Californie. La situation est particulière puisque M. Tremblay s'est lui-même fait l'avocat de cette clause de non-concurrence lorsqu'il était chez Ubisoft, notamment dans un dossier opposant l'entreprise à son concurrent Electronic Arts.«J'ai vendu tous mes actifs et déménagé toute ma famille en Californie, ce n'est pas une petite affaire, fait-il valoir. Je l'ai fait dans le but justement de respecter cette clause.»
Au moins quatre dirigeants d'Ubisoft Montréal ont eux aussi quitté l'entreprise depuis que Martin Tremblay a annoncé son départ, vraisemblablement poussés vers la sortie, croit-il. «Tout le management québécois, qui a bâti ce studio avec moi, a quitté», déplore-t-il. «Je n'aurais jamais quitté si on ne m'avait pas poussé vers la sortie. Jusqu'au 15 décembre environ, j'étais l'homme le plus heureux, malgré le rapatriement de certaines décisions au siège social. J'étais prêt à vivre avec ça.» Chez Ubisoft hier, le porte-parole Cédric Orvoine s'est contenté d'affirmer que la demande d'injonction visait à protéger la propriété intellectuelle de l'entreprise. Quant à la décision d'ouvrir un deuxième studio, on affirme que «l'objectif était de créer une structure plus légère et plus petite pour focuser sur la créativité.» Cette décision a été renversée après le départ de M. Tremblay.






















